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Réseau-Cétacés est membre du Comité de Vigilance et d'Action pour le bien-être animal
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Le site Réseau-Cétacés a fait l'objet d'une déclaration auprès de la CNIL
Les dauphins, outils de guerre
Interview de Ric O'BARRY
Voici une interview que Ric O'Barry a donné à un journaliste américain en avril 2003. Avec la gentillesse qu'on lui connait, Ric nous a donné la permission de traduire cette interview en français. A l'époque où cet entretien a eu lieu, Ric travaillait encore pour la World Society for The Protection of Animals (WSPA). Il a depuis rejoint l'équipe de l'association française One-Voice.

Question (Q) : Où êtes-vous installé ?
Réponse de Richard O’Barry (R) : Miami, Floride, Etats-Unis.
Q : Comment en êtes-vous arrivés à être impliqué dans la réhabilitation des dauphins ? Qui êtes-vous et que fait votre organisation ?
R : Je me suis impliqué dans la réhabilitation des dauphins lors du premier « Jour de la Terre » en 1970. Ayant capturé plus d’une centaine de dauphins à ce moment-là, j’ai eu comme une révélation et je me suis rendu compte que ce que je faisais était mal. Je capturais et j’entraînais des dauphins pour l’industrie du dauphin captif, et maintenant je les « désentraîne » et je les rends au milieu auxquels ils appartiennent. Je travaille maintenant pour la Société Mondiale de Protection des Animaux (WSPA, World Society for the Protection of Animals). Nous sommes très impliqués dans le combat pour stopper le commerce de dauphins captifs et nous éduquons le public par rapport à ce problème. De temps en temps, nous effectuons une mission de sauvetage d’un dauphin captif que nous réhabilitons et relâchons.
Q : Quelle est la chose la plus drôle que vous ayez vu un dauphin faire ?
R : Je me suis souvent creusé la tête à propos de cette question, et honnêtement je ne peux me rappeler de rien de drôle que j’ai pu observer chez un dauphin captif.
Q : Une fois, vous avez passé 6 mois avec votre femme Hélène sur une île dont vous pouviez faire le tour en 984 pas à marée basse. Quelle a été la partie la plus mémorable de cette aventure ?
R : Observer le processus de guérison du dauphin Stéphania a été la partie la plus mémorable, tout comme elle l’est dans tous les projets de réhabilitation de dauphins captifs que nous entreprenons. Nous venions juste de sauver Stéphania d’un parc d’attraction à San Andres en Colombie, et l’avons transférée du minuscule bassin où elle vivait depuis 10 ans à un enclos en mer que nous avions construit sur cette petite île loin de toute civilisation, littéralement au milieu de nulle part. Quand Stéphania a retrouvé l’océan, elle a pu à nouveau faire l’expérience des rythmes naturels de la mer, des marées et des courants, et tirer profits des éléments présents à l’état de trace dans l’eau de mer et qui ont des propriétés guérisseuses. Pour la première fois en 10 ans, elle pouvait chasser et manger du poisson vivant. Voir un dauphin captif retrouver sa vraie vie est l’expérience la plus mémorable que je n’ai jamais eue. Bien sûr, vivre sous la tente sur une romantique île tropicale avec ma charmante femme danoise a été aussi plutôt mémorable.
Q : Approximativement combien y a-t-il de dauphins captifs de par le monde actuellement ? En moyenne, à quoi ressemblent leurs conditions de vie ?
R : Ces animaux sont traités aussi bien que possible selon nos standards, mais bien pauvrement en fait selon les leurs. Il y a environ 1000 dauphins captifs répartis dans le monde entier, sans compter les dauphins soldats. L’armée russe possède environ 500 cétacés et l’US Navy une centaine. Ils vivent tous dans de médiocres conditions et sont contrôlés par la nourriture. On trouve des dauphins captifs dans des centres commerciaux, des parcs d’attraction, des spectacles ambulants, une discothèque. Nous avons même des dauphins captifs dans un hôtel/casino de Las Vegas où ils sont utilisés comme un « appât » pour attirer les clients.
Q : Si vous ne faisiez pas ce travail, que feriez-vous ?
R : Je serais probablement un peintre/poète insouciant vivant sur la rive gauche à Paris, Hélène et moi nous sommes rencontrés à Paris et nous y vivions avant notre mariage.
Q : Connaissez-vous personnellement certains des dauphins utilisés actuellement dans le Golfe ?
R : J’ai passé quelque temps à la base navale de San Diego où sont détenus les cétacés, donc oui, j’ai rencontré tous les dauphins et le béluga là-bas. Comme vous le savez, le programme dauphin de la US Navy est top secret, ainsi nous ne savons pas vraiment quels sont ceux qui sont en zone de guerre et ceux qui sont restés pour s’entraîner, mais oui, je les ai tous rencontrés.
Q : Quelle est votre opinion concernant le programme de la Navy sur les mammifères marins ? Et plus important, pourquoi donc appellent-ils leurs dauphins entraînés « Systèmes d’armes biologiques avancées » (Advanced Biological Weapons Systems en anglais) ?
R : Je voudrais commencer cette réponse en vous disant que mon père était dans la Navy, tout comme mon frère. J’ai passé cinq des plus importantes années de ma vie dans la US Navy, servant dans un groupe de chasseurs-tueurs sous-marins, donc je suis un navy. Ayant dit ça, je suis en complet désaccord avec la Navy concernant ce programme. Je pense que le programme de la US Navy sur les mammifères marins est cruel et inutile et devrait être aboli. Dans un monde parfait, les animaux devraient être démobilisés et renvoyés à la maison, mais nous ne vivons pas dans un monde parfait. Le terme de Advanced Biological Weapons Systems (ABWS) est une description très juste de leur travail. Et il est aussi très révélateur dans le sens où il montre bien le rapport utilitaire qu’entretient la Navy avec la nature. Selon moi, c’est également une arme défectueuse et elle devrait être remplacée par un système alternatif tel que le SSC (Side Scan Sonar) qui n’est pas cruel et est beaucoup plus fiable.
Q : Le dauphin de la Navy nommé Tacoma a déserté, et maintenant il est de retour. Que pensez-vous qu’il se soit passé ?
R : Tacoma avait probablement été équipé d’un système anti-nourrissage (AFD= Anti-foraging system). C’est une simple bande de Velcro orange qui est fixée autour du rostre. L’AFD empêche le dauphin d’ouvrir la bouche ce qui lui est nécessaire pour attraper le poisson et le manger. C’est de cette façon que les dauphins soldats sont contrôlés lorsqu’ils sont en pleine mer. Lorsque l’un d’entre eux est perdu, ils envoient une équipe de recherche qui utilise le système appelé « recall pinger », qui est un signal sonore que le dauphin peut entendre à une très grande distance. Si le dauphin revient vers le signal et son entraîneur, l’AFD est enlevé et il est récompensé avec de la nourriture. Si l’AFD est perdu, il le remplace simplement par un autre. Tacoma est probablement revenu pour être nourri. D’autre part, les dauphins soldats « désertent » tout le temps. Je possède une phot de l’un d’eux prise à plus de 13 kilomètres de Key West et qui portait son AFD. Je connais six grands dauphins de l’Atlantique qui se sont échappés dans l’océan Pacifique et qui n’ont jamais été retrouvés.
Q : J’ai entendu dire que les véritables inquiétudes à avoir par rapport à ces opérations de déminage concernaient les dauphins sauvages iraquiens. Que savez-vous de ces dauphins iraquiens ? Sont-ils territoriaux ? Combien sont-ils dans chaque groupe ?
R : Le véritable danger pour les dauphins – et je parle de tous les dauphins se trouvant en zone de guerre – est que tous les dauphins sauvages ou entraînés présents dans la région sont placés dans une situation dangereuse car les ennemis tuent tout simplement tous les dauphins qu’ils croisent. Personne ne peut faire la différence entre un dauphin ami ou « ennemi ». « Tuer les tous et laissez Dieu faire le tri », c’est comme ça que ça marche en situation de combat. Ils les tuent à l’aide de bombes, de grenades et plus spécialement les « ashcans » qui provoque des explosions sous-marines. Je ne peux véritablement pas vous dire grand chose à propos des dauphins sauvages iraquiens, je ne sais pratiquement rien sur eux. Tout ce que je sais, c’est que quand la guerre froide a pris fin, la plupart des entraîneurs de dauphins soviétiques ont commencé à travailler au Moyen-Orient capturant et entraînant des dauphins pour l’industrie de la captivité dans cette partie du monde, mais je n’ai aucun détail quant à leurs activités.
Q : Est-ce que des pods différents peuvent communiquer ou bien y a-t-il une barrière du langage ?
R : Oui, il y a une barrière du langage entre les différents pods de différentes régions. Malgré tout, ils peuvent quand même atteindre un certain degré de communication en interprétant le langage du corps.
Q : D’après ce que j’ai pu comprendre, les opérations de déminage pour sécuriser les eaux pour les bateaux chargés de convoyer l’aide humanitaire sont vitales pour l’ensemble de l’effort de guerre. De toute évidence, la réussite des opérations de déminage détermine la vitesse à laquelle l’aide arrivera aux centaines d’iraquiens mourrant de faim et donc combien de vies iraquiennes seront sauvées ou perdues. Notre réponse aux besoins urgents de l’Irak aura indiscutablement une importante influence sur la façon dont l’invasion de l’Irak par les USA sera perçue – ce qui aura bien évidemment d’importantes conséquences géopolitiques pour notre pays et le monde. Si vous pensez vraiment à ça, il est logique de conclure que le sort du monde entier repose sur ces 5 dauphins plus ou moins intéressés dans la détection des mines. Vrai ou faux ?
R : Vrai. Le fait est que les dauphins ne sont pas fiables. Encore une fois, ils sont contrôlés par la nourriture. Lorsqu’ils sont gavés, ils ne répondent plus aux ordres et l’entraîneur perd le contrôle. C’est exactement pour ça que j’avais 5 dauphins pour la série télé Flipper. Lorsque Flipper n°1 avait eu ses 10 livres de poissons et était gavé, je perdais le contrôle, alors je prenais le n°2 et ainsi de suite.
Q : Selon les derniers rapports concernant l’utilisation des dauphins pour aider à trouver les mines dans le port iraquien de Umm Qasr, la position de la WSPA est que leur bien-être devrait être considéré en priorité.
R : La WSPA croit que tous les animaux gardés par les humains ou sous leur contrôle devraient être maintenus dans des conditions appropriées à leur espèce. Dans le cas des dauphins de l’US Navy, avec les dangers inhérents aux missions qu’ils doivent remplir, la souffrance engendrée par l’entraînement, le transport et la détention en captivité de ces espèces est très bien documentée et une cause d’un grand intérêt.
Les animaux sont apolitiques et ne devraient pas être enrôlés pour servir les militaires ou délibérément mis en danger lors d’un conflit humain.
Q : Pourquoi n’utilisent-ils pas des orques ? Les orques semblent être l’arme marine de choix, spécialement quand il s’agit de dissuader des plongeurs d’approcher d’un bateau. Attraper la cheville d’un plongeur ennemi, ou pourquoi pas le couper en deux d’un coup dents ? Ils écholocalisent, sont entraînables, et ils n’ont pas d’affinités avec les dauphins iraquiens. Merci de nous expliquer pourquoi.
R : Ils ont utilisé des orques au tout début de ce programme (NDT :années 60), ils désertaient souvent. Un autre problème dans l’utilisation d’orques est la haute température des eaux du Golfe, particulièrement pendant l’été. C’est également un problème pour les dauphins utilisé en ce moment. Lorsque l’été arrivera et si les dauphins sont toujours là, ils vont souffrir. La navy a perdu quelques dauphins dans cette zone lors de la dernière guerre à cause de la chaleur de l’eau. Les dauphins de la Navy ont aussi été utilisés lors de la guerre du Vietnam et certains n’en sont jamais revenus.
Q : Est-ce que les dauphins sont plus malins que certaines personnes un peu stupides ? Que dire de leurs prétendus pouvoirs guérisseurs ?
R: Malice et stupidité sont des concepts humains et ces concepts ne s’appliquent pas aux autres formes de vie. De nombreuses personnes pensent que les dauphins sont plus intelligents que nous parce qu’ils ont un plus gros cerveau et sont plus développés. Ayant travaillé avec des dauphins et de baleines depuis plus de 40 ans, j’en suis arrivé à la conclusion qu’ils ne sont ni plus ni moins intelligents, ils sont simplement différents. Concernant le pouvoir guérisseur des dauphins, c’est faux. Ces dauphins sont des victimes capturées et forcées à subir les coups et les cris, leur job est d’amuser sans fin des foules de gens pour le reste de leur vie. C’est une question d’argent. C’est complètement hypocrite de capturer un dauphin et détruire sa qualité de vie pour mettre en valeur la nôtre.
Q : Avez-vous déjà rencontré un dauphin que vous aviez auparavant réhabilité et relâché ? Comment a-t-il réagi en vous voyant ? Je veux dire, une fois qu’un dauphin a été réhabilité et relâché, interagit-il de nouveau avec les humains ? Comment réagissent-ils généralement ?
R : Oui, la WSPA a secouru, relâché et réhabilité de nombreux dauphins captifs, qui sont retournés avec succès à l’état sauvage. L’un d’entre eux s’appelait Flipper, il était le dernier dauphin captif du Brésil. Nous avons eu beaucoup de témoignages concernant ce dauphin, qui allait bien deux ans après son relâché, c’est juste un exemple. Si l’on fait le travail correctement, et si les comportements auxquels il a été entraîné sont convenablement annihilés, le dauphin s’intègrera parfaitement à la nature. Une réhabilitation réussie signifie que tous les liens de dépendances envers l’homme sont rompus et que le dauphin s’intéresse plus aux autres dauphins et à la nature qu’à des contacts avec des hommes. D’ailleurs, nous venons juste d’avoir des nouvelles de Turbo et Ariel, deux dauphins que la WSPA a sauvé et réhabilité au Guatemala. Je suis heureux de vous dire qu’ils vont bien.
Q : En dehors de ce que nous savons grâce à Discovery Channel (le viol de jeunes femelles dauphin et le meurtre de jeunes marsouins) quelle est la chose la plus méchante que vous ayez vu un dauphin faire ?
R : Je n’ai jamais été témoin des choses que vous relatez. Je ne peux vraiment pas me rappeler d’un dauphin que j’aurais rencontré et qui aurait fait du mal à quelqu’un.
Q : Qui sont Buck et Luther ? Que leur est-il arrivé et où sont-ils maintenant ?
R : Buck et Luther étaient deux dauphins soldats de la Navy que j’ai réhabilités et rendus à la vie sauvage. (C’était avant de travailler pour la WSPA). Ils ont été recapturés par la Navy quelques jours plus tard. Ils ont utilisé le « recall pinger » que j’ai mentionné plus tôt pour les leurrer et les attirer dans un enclos. Le fait est que le projet de réhabilitation a été saboté car il avait la potentialité d’ouvrir la porte de la liberté à tous les dauphins de la Navy. C’était une menace majeure pour l’ensemble du programme de la Navy sur les mammifères marins et cela aurait coupé le flux de millions de dollars destinés aux entreprises civiles qui dirigeaient ce programme. Nos efforts ont également été sabordés par un agent infiltré qui était un anti-activiste de la cause animale, ainsi que par d’autres groupes de défenses des animaux qui se sont greffés sur notre projet pour des raisons marketing. C’était devenu très difficile pour Buck, Luther et tous les autre dauphins que nous essayions de libérer à ce moment-là. Après leur recapture, Buck a été envoyé au Dolphin Research Center (DRC). Il a passé les dernières années de sa vie à peindre des images pour les touristes. Luther a été renvoyé par avion dans les eaux polluées de la baie de San Diego pour reprendre le service actif. Luther, s’il est toujours vivant, a peut-être été conduit en zone de guerre. D’ailleurs, j’ai écrit un livre à ce sujet. Il s’intitule : « Pour sauver un dauphin ». Si vous êtes intéressés, vous pouvez trouver ce livre sur www.dolphinproject.org
Richard O'Barry
Marine Mammal Specialist
One-Voice (France)